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Claude Chabrol au Max Linder
Ses films à Paris Cinéma
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Le Beau Serge, Claude Chabrol |
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Les Cousins, Claude Chabrol |
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À double tour, Claude Chabrol |
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Les Bonnes femmes, Claude Chabrol |
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Les Godelureaux, Claude Chabrol |
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L'Œil du malin, Claude Chabrol |
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Landru, Claude Chabrol |
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Le Tigre aime la chair fraîche, Claude Chabrol |
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Paris vu par…, Claude Chabrol |
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La Muette, Claude Chabrol |
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Les Biches, Claude Chabrol |
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La Femme infidèle, Claude Chabrol |
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Le Boucher, Claude Chabrol |
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Que la bête meure, Claude Chabrol |
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La Rupture, Claude Chabrol |
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Juste avant la nuit, Claude Chabrol |
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Les Noces rouges, Claude Chabrol |
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Les Innocents aux mains sales, Claude Chabrol |
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Nada, Claude Chabrol |
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Poulet au vinaigre, Claude Chabrol |
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Le Cri du hibou, Claude Chabrol |
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Une affaire de femmes, Claude Chabrol |
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Jours tranquilles à Clichy, Claude Chabrol |
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Betty, Claude Chabrol |
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L'Œil de Vichy, Claude Chabrol |
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La Cérémonie, Claude Chabrol |
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Au cœur du mensonge, Claude Chabrol |
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Claude Chabrol, conversation avec le public
Mardi 4 juillet Modérateur : Franck Garbaz
Le maître du suspens français, Claude Chabrol, était au Max Linder mardi 4 au soir. Après la projection de son court métrage La Muette, tiré du film collectif Paris vu..., le maître du suspense s'est prêté au jeu des questions-réponses avec le public. Ambiance détendue et conviviale, spectateurs connaissant visiblement l'œuvre du réalisateur sur le bout des doigts, réponses détaillées et pleines d'humour de Claude Chabrol... Tous les ingrédients d'une soirée délicieuse étaient là. Dégustons-en les morceaux choisis !
La séance démarre par la projection de La Muette, court métrage tiré de Paris vu par... (1965). Claude Chabrol tient à prévenir les spectateurs : l'acteur qui joue le père est « épouvantablement mauvais ». Quand le film commence, on le reconnaît. C'est le réalisateur lui-même qui joue le père !
Franck Garbaz : Quelques mots sur Claude Chabrol. S'il est l'un des réalisateurs les plus importants qui soient, c'est parce qu'il ne s'est jamais pris au sérieux. Il déteste par-dessus tout la fatuité, ceux qui revendiquent un statut. Il a beaucoup tourné, et c'est l'un des rares réalisateurs qui reconnaisse que sur ses 55 œuvres, il y aussi des films mineurs. Mais beaucoup de grands films ! C'est parce qu'il déteste les gens qui se prennent au sérieux qu'il adore massacrer la bourgeoisie, cette classe sociale littéralement programmée pour ne pas changer, ni déroger à ses règles. S'installer, un truc qui vous fait horreur...
Claude Chabrol : En effet, la notion d'installation me fout la trouille. Ca rend méchant je trouve.
C'est pour cela que vous vous êtes beaucoup intéressé aux personnages à la marge, aux déviants, fous, assassins, avorteuses...
A partir du moment où les gens ne participent pas de l'équilibre officiel, ils ont tendance à m'intéresser. Car ils inquiètent ceux qui m'inquiètent, ceux qui ont digéré l'extrême monotonie de leur existence. La bêtise en effet n'a pas de limite, c'est pour cela qu'elle m'intéresse. Et surtout la manière dont le pouvoir rend stupide. Quand les gens ont du pouvoir, ils s'imaginent qu'ils sont meilleurs et plus intelligents que les autres, c'est très curieux.
Vous semblez plus intéressé par le vice que par le mal.
Oui, la notion de mal est confuse, et touche au religieux (si tant est que la religion elle même ne soit pas un mal !). Alors que le vice détruit, abâtardit. Comme dit Saint Basile, le mal n'est pas une entité, mais la négation du bien. Dit à ma façon, ce serait : le bien et le mal forment une éponge. Le bien, c'est la matière, le mal, ce sont les trous. Il faut les deux pour faire l'éponge. Alors que le vice, c'est ce qui bousille l'éponge !
Dans votre cinéma, l'intrigue est très forte. Comment choisissez-vous les scénaristes ? Comment travaillez-vous avez eux ?
Je fais attention à l'intrigue, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus. Je suis assez mauvais fabricant d'intrigues. J'aime bien les faits divers, c'est souvent ma base de départ. Mais ce qui m'intéresse le plus, ce sont les gens, les personnages, la nature humaine. Pour le scénario, je raconte l'histoire, l'idée que j'ai eue, le fait divers que j'ai remarqué. Mais je ne travaille pas avec le scénariste – ou plutôt LA scénariste, car ce sont souvent des femmes. Je la laisse faire et elle m'amène un scénario, parfois très construit, parfois avec beaucoup de pistes encore ouvertes, parfois quelques scènes seulement. A partir de là, il me faut digérer se scénario. Il faut que je « voie » les scènes. Elles n'existent pas tant que je ne les vois pas. Grosso modo, le scénariste écrit pendant 2 mois, et moi, je digère ensuite pendant 4 mois ! C'est comme un cuisinier qui prend une recette et la remet à sa sauce. Donc nous ne travaillons pas ensemble, mais chacun de son côté. De temps en temps on se voit pour faire un point, c'est tout. Dans mon prochain film, ma fille travaille sur le scénario. Elle fait un boulot formidable. Elle a bien compris comment je fonctionne, car elle est comme moi. Elle ne m'a reparlé du scénario qu'une fois que je l'ai lu et retravaillé. Pas une seule fois avant !
J'ai lu quelque part que vous suivez surtout le tournage depuis l'écran vidéo (le combo) ...
C'est vrai, je regarde dans le combo depuis qu'il existe. Mais je ne mets pas du tout à l'écart des acteurs. Cet outil est épatant car il permet de vérifier qu'on obtient bien ce que l'on souhaitait à l'écran. Alors que vérifier un travelling en contrôlant le mouvement de la caméra est beaucoup plus difficile. Avec les comédiens, il faut savoir établir des relations de manière à ce qu'ils se sentent suivis de façon bienveillante. Peut-être pas comme Autant-Lara qui se mettait sous la caméra et mimait le jeu des acteurs pendant la scène. Ca les déconcentrait !
La fluidité semble vous intéresser de plus en plus. Cf. L'Ivresse du pouvoir par exemple.
Oui, c'est une réaction à un certain cinéma moderne que j'aime peu. Quand j'ai vu Robin des Bois de Kevin Reynolds, je me suis dit, « on est mal parti » ! Cette caméra plantée dans une flèche, qui va se ficher dans un arbre ! Je n'aime pas cette accumulation de plans inutiles qui ne servent ni à la narration ni à la compréhension, et font juste croire que l'on va plus vite. Alors que 15 plans dans une minute, ça semble en définitive beaucoup plus long qu'un seul plan !
Qu'est ce qui vous touche chez les acteurs ?
Ca dépend... Pas forcément l'intelligence (mais je ne citerai pas de noms !). Plutôt le goût que l'on a des autres. Un bon comédien ne joue pas tout seul. Mais il faut aussi qu'il pense à lui. Et sinon, j'adore ceux qui cessent de jouer quand je dis « Coupez ! ». Ceux qui continuent, il y en beaucoup, c'est terrible !
Isabelle Huppert jouera-t-elle dans votre prochain film ?
Non, ce sera Ludivine Sagnier, qui jouera dans une transposition assez libre, et contemporaine, d'un fait divers qui s'est déroulé à New-York en 1905, et qui a entraîné l'assassinat d'un architecte.
Vous semblez aimer la notion de troupe dans votre travail...
C'est vrai, quand on apprécie un acteur, on a envie d'exploiter à fond son potentiel, en le faisant travailler dans plusieurs films, dans différents registres. Ca m'est arrivé sur Violette Nozière avec Isabelle Huppert. Il y avait un flash back, on cherchait une petite fille de 10 ans pour incarner Isabelle enfant. Et puis elle me dit « je peux le faire ». J'ai pensé qu'elle plaisantait. Quand je suis arrivé sur le plateau, j'ai vu une petite fille parfaite, qui ressemblait beaucoup à Isabelle. C'était elle ! On aime que les comédiens vous étonnent comme cela, et on les reprend pour qu'ils vous étonnent encore ! Mais la troupe, ce sont aussi les techniciens. Jean Rabier, le chef op' avec qui j'ai fait près de 35 films par exemple. Je travaille aussi beaucoup avec ma famille, et mes enfants. Au moins, quand ils sont sur un tournage, ils ne sont pas en trains de traîner n'importe où ! Ma femme est ma scripte, ma fille était mon assistante, et a fait le scénario de mon dernier film. Mon fils fait la musique. C'est un extraordinaire garde-fou pour ne pas se prendre au sérieux. Ils se foutent de ma gueule en permanence, surtout ma femme !
Pourquoi Stéphane Audran s'appelle-t-elle toujours Hélène dans vos films ?
C'est une sorte de code qui a commencé avec Les Cousins. On a appelé Paul l'extraverti, incarné par Jean-Claude Brialy, et Charles l'autre personnage, à cause de mon grand père qui était plutôt renfermé. Du coup, mon personnage bourreau s'est presque toujours appelé Paul, et la victime Charles. Pour la femme, je voulais un prénom absolument féminin, sans pendant masculin. Ca a été Hélène.
D'où vient votre goût pour la littérature anglo-saxonne ?
Je suis un fervent de Shakespeare, et j'aime l'humour anglais quand il n'est pas pisse-froid. Connaissez-vous cet écrivain anglais, Evelyn Waugh (qui n'est pas une femme !). Il y a dans son livre Une poignée de cendre une scène extraordinaire, où une femme qui vient de perdre son enfant passe sa soirée à imiter des cris d'animaux avec un ami. Je l'ai volée et utilisée dans Les Biches. Les écrivains français m'inspirent moins, ils sont très psychologiques et c'est difficile à adapter. On tombe vite dans la schématisation plutôt que l'adaptation. Pour Mme Bovary, je l'ai fait parce que c'est tout de même un livre qui m'a suivi toute ma vie. Et parce qu'Isabelle Huppert me l'avait demandé. Elle m'a avoué ensuite qu'elle ne l'avait pas lu !
Quel est le film que vous rêvez de réaliser ?
Le prochain ! Que je tournerai en septembre. Je suis très terre à terre, j'avance pas à pas, mais j'ai toujours quelques histoires en réserve. La catastrophe, ce serait de ne plus en avoir. Mais même dans ce cas, on peut toujours se tourner vers un Simenon !
Comment travaillez-vous la musique de vos films ?
Je ne montre jamais la scène au musicien. Il a juste le scénario, et à partir de cela, compose 15 à 20 morceaux de une à 2 minutes qui peuvent se combiner. C'est moi ensuite qui les choisis et les place sur les scènes, et ça fonctionne. Les spectateurs ont compris que la musique n'est pas là pour souligner les images. Comme disait Bette Davis, « je veux bien monter cet escalier en courant à condition que Max Steiner (le compositeur) ne le monte pas en même temps que moi. ».
Quelle part occupe la bande son dans vos films ?
Il faut éviter le bruitisme. Je ne suis pas du genre à vouloir reproduire le son exact de la cuillère sur la table en chêne, qui n'est pas du tout le même que celui de la cuillère sur la table en acajou ! Mais je suis sensible au bruit des portes par exemple. Quelqu'un qui part définitivement ne fait le même bruits que quelqu'un qui passe simplement dans la pièce d'à côté ! J'adore le moment du mixage. Quand toute la bande son se met à exister, le film prend toute sa dimension.
Comment aujourd'hui regardez-vous la période de la Nouvelle Vague ?
Ce sont des gens qui ont fait leur premier film entre 1957 et 1963. Pour nous, ce n'était que cela. Mais il est vrai que cela correspondait aussi à l'arrivée de nouveaux moyens techniques, de nouvelles pellicules. Et donc à des films qui avaient cela en commun. De plus nous étions liés par ce que nous n'aimions pas : ces films fabriqués, créés sans désir ni passion, qui se faisaient alors souvent. Aujourd'hui, bien sûr, on se voit encore parfois avec les autres réalisateurs de la Nouvelle Vague. Mais on ne se donne pas de rendez-vous réguliers, on n'est pas des anciens combattants !
Comment voyez-vous le cinéma demain ?
Il sera ce que l'on en fera. Si on se bagarre, ça continuera...

Merci à Grégory Morin pour les illustrations ! laitaumiel@hotmail.fr
Photo : Jean Quelquejeu |