En direct

 

 François Cluzet et Marilyne Canto au Campus

 

 

 

 

Beaucoup de jeunes acteurs au Campus

 

 

 

 

 

 

Acteur : comment percer dans le métier?

Jeudi 6 juillet

Avec : Marilyne Canto (actrice, réalisatrice), François Cluzet (acteur), Juanita Fellag (agent artistique), Elisabeth Tanner (agent artistique), Gérard Moulévrier (directeur de casting), Christophe Moulin (directeur de casting), Laurent Couraud (directeur de casting)

Modérateur : Alexandre Chabert

 

Bien sûr, il n'existe pas de recette magique pour réussir dans ce métier. Le métier de comédien fait rêver, mais il est précaire et aujourd'hui, on compte en France 25 000 comédiens professionnels, ce qui est énorme.
Le but de cette table-ronde : proposer des pistes pour mettre tous les atouts de son côté. Avec un coup de projecteur particulier sur deux aspects du métier : la formation et les stratégies possibles pour intégrer le réseau du cinéma français.


Alexandre Chabert : Je me tourne d'abord vers Marilyne Canto et François Cluzet, pour qu'ils nous racontent leur parcours, comment êtes-vous devenus comédiens ?

Marilyne Canto : J'ai commencé par hasard. J'étais au lycée, une copine m'a parlé d'un casting, on y est allé. On a passé le casting, une improvisation où il s'agissait surtout d'être naturelle. C'est comme ça que j'ai fait mon premier film L'Hôtel de la plage. Après, je suis retournée au lycée. Le métier m'avait plu mais je ne mettais pas encore de mots sur cette envie. J'ai fait ensuite un téléfilm, mais là j'ai vu qu'il ne suffisait pas d'être naturel. Et puis, j'avais envie de me frotter aux grands textes, c'est ce qui m'a amené à entrer à l'école du Théâtre National de Strasbourg (TNS).

François Cluzet : Dans ma famille, on ne connaissait pas les cours de théâtre. Un jour, une personne m'a appris leur existence et m'a accompagné au Cours Simon. Entrer dans ce type de structure, c'était déjà une étape. Ensuite j'ai fait le Cours Cochet, et d'autres encore... Et puis, l'autre étape importante, c'était le théâtre amateur, la figuration. On recevait des annonces dans les cours et j'ai été souvent figurant sur les émissions de Marithé et Gilbert Carpentier. J'ai adoré ça ! On avait peu de responsabilités mais on découvrait la caméra, on voyait les choses en train de se faire. Une autre fois, j'ai décroché deux jours de tournage, grâce à un ami, qui m'a dit qu'on cherchait un type avec un permis moto. Et j'ai fait beaucoup, beaucoup de théâtre. J'ai eu la chance de jouer Haute surveillance, une pièce de Jean Genet, dans une toute petite salle, mais avec Nils Arestrup. J'ai juste essayé de lui répondre, de ne pas l'entraver. J'étais à son service. Et c'est là que Diane Kurys m'a repéré.

 

Le théâtre est-il essentiel dans la formation de l'acteur ?

M.C. : Oui, pour moi, l'essentiel, c'est les textes. C'était important que je m'y colle. Mais c'est un point de vue personnel, Sandrine Bonnaire qui n'a pas fait de théâtre est une actrice formidable. De toutes façons, il n'y a aucun parcours comparable, aucun parcours type. Moi, j'avais envie de théâtre, de texte...

 

Vous pensez que le théâtre est un plus pour le cinéma ?

M.C. : Pour moi, ça l'a été parce que les grands auteurs ont développé mon imaginaire, ça a éveillé des choses en moi. Au TNS, j'ai pu tenter, me tromper, apprendre quelle actrice j'étais, ma concentration, etc. Et puis les grands textes me font rêver.
F.C. : J'étais obsédé par l'envie d'être en scène. A 10 ans, j'ai vu Jacques Brel dans L'Homme de la Mancha et j'en ai gardé un souvenir fort. De le voir transpirer, comme ça, tout près du public, je me suis dit ce type va mourir ! Depuis, la scène m'a toujours paru le plus enivrant, le plus risqué. Je trouve qu'il y a plus de magie qu'avec la caméra. De là à dire que le théâtre est un plus, non, je ne pense pas. La différence ne vient pas de l'acteur, mais de la caméra, des conditions de réception des spectateurs. Pour l'acteur, le jeu est le même, il faut être sincère, voilà. Que ce soit au cinéma ou au théâtre.

 

Je me tourne maintenant vers les agents. Sur le CV, la formation théâtrale est-elle un plus ? Vous faites la différence ?

Gérard Moulévrier : Pour les très jeunes acteurs, il n'y a pas d'école spécifique. C'est par annonce que ça se passe. Ensuite, vers 18-20 ans, on va aller dans les écoles si on a envie de faire ce métier. Le hasard, être repéré dans la rue comme Béatrice Dalle, c'est très rare. Ce qu'il faut aussi savoir, c'est qu'il n'y a pas de boulot pour tout le monde. En fait, il y a trois choses à prendre en compte : le hasard, certes, dans une moindre mesure ; les rencontres qu'on fait ; l'envie. Et l'envie, cela se traduit aussi par le théâtre, en faisant ses premières armes avec des grands textes. Moi, je reçois 100-150 CV par semaine, et c'est vrai que la qualité des cours, c'est une des premières choses qui donne envie de rencontrer la personne. La lettre d'accompagnement me paraît également très importante. Je conseille aussi de faire un peu de figuration, c'est une bonne école pour un acteur. On y apprend beaucoup et allez-y, ça vaut un cours d'art dramatique ! Pour les gens de 18-20 ans, il faut prendre ça comme un exercice, observer les aînés, vraiment, il n'y a pas de honte à faire de la figuration.

Laurent Couraud : Je m'occupe de petits rôles et de figuration et je crois aussi que ce sont de très bonnes bases, on peut rebondir très vite sur autre chose, sur le plateau. Il y a souvent des petits rôles non mentionnés sur le script à prendre.

 

Y a t il des rôles qu'il faut refuser ? Je pense particulièrement aux feuilletons, qui « marquent » souvent les acteurs...

M.C. : J'ai participé à une série, mais je n'avais pas le rôle principal. Maintenant, je trouve que ça circule librement entre la télévision et le cinéma. Mais c'est vrai que les héros récurrents sont des cas un peu différents, on peut avoir une image un peu figée entre l'acteur et le personnage. Mais tout cela dépend des rôles.
F.C. : Je me rappelle une phrase de Jouvet : « Tu refuseras quand tu auras le choix », je l'ai suivie et j'ai fait beaucoup de télévision, beaucoup de mauvais théâtre aussi. Il faut bien vivre et faire son métier et de toutes façons, un bon acteur, on le voit, on le remarque même dans un truc pas bien.
Elisabeth Tanner : Quand Jean-Claude Drouot a fait Thierry la Fronde, il a été identifié à vie à ce personnage. Mais c'était dans les années 60 et il n'y avait qu'une chaîne. Aujourd'hui, les choses ont changé, il n'y a pas de règle générale. Si on analyse les choses, on voit qu'il y a multiplication des chaînes et des séries. Il faut dédramatiser la télévision et surtout, il faut arrêter de demander l'exigence absolue aux acteurs ! Je préfère travailler avec un acteur épanoui, qui vit à côté et qui avance tranquillement plutôt qu'un acteur dépressif qui attend. Un acteur, c'est ça, une adéquation entre une personne et une carrière, il faut prendre du recul sur cette demande d'exigence.
Juanita Fellag : C'est vrai qu'il y a un snobisme vis-à-vis de la télévision, qu'on estampille certains acteurs « télévision ». Et des jeunes se demandent si les metteurs en scène ne vont pas les écarter parce qu'ils ont mangé ! C'est un peu la réalité...
F.C. : Quand on propose un rôle récurrent, l'acteur qui l'accepte sait très bien ce que ça représente. Le fait est que le metteur en scène veut naturellement que l'on croie aux personnages, et que pour cela, il se tourne plus facilement vers les acteurs rares, qu'on ne voit pas souvent. Les 10 acteurs qui travaillent le plus en ce moment, c'est ceux dont on parle le moins, qu'on voit le moins à la télévision, dans les émissions et dans les journaux people.
G. M. : Quand Depardieu fait de la télévision, c'est Depardieu, pas de problème, il a sa carrière derrière lui. Quand un jeune acteur, pendant 15 ans, fait de la télévision, il est rayé. On ne paie pas presque 10 euros pour voir au cinéma un acteur qu'on voit chez soi en poussant un bouton.
E. T. : Chaque personne est un cas particulier, ce qu'on peut faire, en tant qu'agents, c'est d'informer les acteurs des risques encourus.
C.M. : Je pense que l'évolution de la télévision est plutôt intéressante. On voit de plus en plus de formats à l'américaine, avec des récurrences chorales plus diluées, moins centrées sur un seul héros. Et l'écriture a beaucoup évolué aussi. Il y a du snobisme, oui, mais c'est dommage, parce que c'est du boulot, du vrai. Et un acteur sans travail est un acteur qui n'existe pas.

 

Est-ce qu'on est sur la même problématique en matière de publicité ? Est-on « fiché » quand on fait de la pub ?

G.M. : C'est à peu près la même chose que la télévision, le problème c'est la multiplication des diffusions. Si on en fait 15 en 2 ans, évidemment, on use son image. Paradoxalement, certains acteurs se sont faits remarquer dans une pub.
F.C. : Et ça dépend de la pub en soi.

 

Il me semble que la figuration est le niveau le plus bas pour l'acteur. On n'a pas le temps, pas la possibilité de voir la mise en scène.

Laurent Couraud : Tout le monde ne travaille pas de la même façon mais si vous le demandez, il ne doit pas y avoir de problème.

 

Est-ce que des directeurs de casting peuvent recevoir des scenarii, parce que l'auteur a déjà quelqu'un dans la tête ?

G.M. : Non, si l'auteur a quelqu'un de précis en tête, il contacte plutôt l'agent de l'acteur en question. Si l'idée est plus vague, oui, nous pouvons lire et donner des pistes.
E. T. : Je tiens en tout cas à dissiper les malentendus, nous, les agents, nous faisons passer les scénarii. Bien sûr, après on identifie chaque scénario. Un projet qui est en production, qui est déjà en montage financier, se retrouvera plus facilement sur le dessus de la pile. Mais que ce soit clair : on lit tout et on les remet à nos talents.

 

Question dans la salle : J'ai l'impression que sans agent, on travaille moins. J'essaie d'en trouver un, mais c'est difficile, j'ai peu de réponse. Comment obtenir un agent ?

G.M. : C'est vrai qu'on reçoit beaucoup de CV mais je ne fais pas exclusivement travailler des gens qui ont des agents. Il y a tellement d'acteurs qu'il est difficile de faire une sélection. Pour trouver un agent, c'est simple, il faut jouer, être vu par un maximum de gens. Et c'est vrai qu'un agent qui vous choisit, c'est une référence en plus. Mais il n'y a pas que ça.
C.M. : Et j'ajouterais qu'il ne faut pas hésiter à prendre sa caméra DV et à filmer des essais, pour les envoyer aux agents.

 

Et quel est le délais de visionnage ? Trois mois ? Un an ?

C.M. : Dans le mois.
E.T. : C'est vrai que c'est compliqué, on reçoit beaucoup de dossiers. Moi, j'ai 25 ans de carrière, des talents à qui rendre des comptes, je suis trop vieille pour m'occuper de jeunes acteurs. Je n'ai plus de clientèle à former. Pour les jeunes acteurs, je leur conseillerais de solliciter plutôt de jeunes agents qui constituent leurs listes de clients.
J.F. : Un autre petit conseil, envoyez photographie, CV et démo ? Pas seulement des extraits de films mais des scènes, avec plusieurs palettes d'émotion. Ça démontre une certaine volonté, et c'est déjà une forme de tri. Personnellement, je ne regarde pas les candidatures par mail, je trouve ça trop facile.
G.M. : C'est vrai qu'une vraie photo, c'est mieux.
J.F. : Je suis très sensible à la qualité de la démarche en général : le petit mot à la main, pourquoi pas une note d'humour. On est obligé d'avoir des clés de tri. Je sais que ça coûte de l'argent d'envoyer tout ça, qu'il faut un petit boulot en parallèle... Être conseillé par quelqu'un peut aussi être un atout, mais quoiqu'il en soit, il faut se donner des armes pour séduire et démontrer sa volonté.

 

Est-ce qu'un site Internet, monté par un jeune comédien, vous intéresse ?

G.M. : Il vaudrait mieux que ce soit bien fait, avec du contenu, des extraits. Je pense que ça s'adresse plutôt à des acteurs déjà confirmés, et surtout pour se faire connaître à l'étranger. Rien ne remplacera la photo papier, le CV et le mot, juste et sincère.

 

On m'a dit qu'une simple lettre, sans photo ni CV, pouvait aider à sortir du lot ?

G.M. : Non, la photo est de toute façon indispensable à un moment ou à un autre. Je suis davantage sensible aux comédiens qui m'envoient des CV actualisés, qui montrent qu'ils existent et qu'ils jouent. Je garde les dossiers, je les suis et j'apprécie cette forme de persévérance.
J.F. : Oui, j'aime bien également la réactualisation. Ça nous touche et on peut envisager au moins une rencontre. Par contre, il faut bien distinguer persévérance et pression...

 

Comment percer quand on n'a plus 18-20 ans, lorsqu'on est entre deux âges ?

G.M. : Plus vous avancez en âge, plus il y a du monde dans le métier. Mais sincèrement, il n'y a pas d'âge pour une rencontre avec un rôle, un metteur en scène.
F.C. : Comment percer ? Je ne sais pas s'il est vraiment question de percer, plutôt d'entrer. La figuration, c'est une expérience, ça permet de voir là où ça se passe et d'apprendre à gérer sa concentration, son temps, la caméra. Tous les acteurs se posent cette question : « Et si je ne travaille plus ? », être acteur, c'est comme la vie, c'est une aventure ! Ma réponse, c'est l'union fait la force et le talent c'est l'envie ! Avoir un agent, ce n'est pas le but, j'en ai eu 15 différents ! Ce qui importe, c'est de jouer ! Je vais vous livrer ma recette miracle : rejoignez ceux qui sont comme vous, au théâtre amateur, dans la figuration, dans les cours, il faut fréquenter ceux qui ont la même passion. Vous n'avez rien, mais vous avez de l'humain, vous rejoignez des gens et vous vous passez d'auteur : on cherche, on lit, on s'enrichit, on trouve un texte – les bibliothèques sont pleines de grands textes à jouer –ou on commence à écrire et on répète. On n'a pas de metteur en scène ? Peu importe, l'un de nous va se dévouer et faire la mise en scène. On a un avantage en commun, on débute ! Ensuite, où jouer ? Paris est saturé, on va s'excentrer, partir, trouver une salle. Et même s'il n'y a que trois pelés, on apprend, on rencontre d'autres passionnés, la force vive. Plus vous aurez envie, plus vous irez loin !
  

 
Tous les Paris CinéCampus
Le costume au cinéma (30 juin)
regard sur le cinéma américain : scénariste et réalisateur
Ecrire pour le cinéma : le métier de scénariste
La Masterclass d'Im Sang-soo
L'ILE et ELLE : Discussion avec Agnès Varda
Conversation avec Claude Chabrol
La musique de film : conversation avec Bruno Coulais
Cinéma et jeux vidéo
Acteurs : comment percer dans le métier ?
La masterclass de Dario Argento

  

Merci à Grégory Morin pour les illustrations ! laitaumiel@hotmail.fr

Photos : Nathalie Ryser



16 15 14 13 12 20 19 18 17 7 6 5 11 10 9 8 1 2 3 4 93 92