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 Agnès Varda à la Fondation Cartier

 

Les installations vidéo d'Agnès Varda

2002 : PATATUTOPIA créé pour la Biennale d'Art de Venise – section Utopia Station
2004 Haus der Kunst de Munich / 2004 Biennale d'Art de Taïpei (Musée des Beaux-Arts) /
2005 Maison Folie à Lille / 2006 Abbaye du Ronceray à Angers

2005 : LE TRIPTYQUE DE NOIRMOUTIER
créé pour la Galerie Martine Aboucaya, Paris

2005 : LES VEUVES DE NOIRMOUTIER
créé pour la Galerie Martine Aboucaya, Paris
Le Lieu Unique à Nantes / Centre d'Art de Chamarande

2006 : invitation de la Fondation Cartier pour l'Art contemporain, Paris
(du 20 juin au 1er octobre 06)
L'ILE ET ELLE
8 installations vidéo, vision de l'île de Noirmoutier :
Le Passage du Gois / La Tombe de Zgougou / Ping-Pong, Tong et Camping /
Le Triptyque de Noirmoutier / La Grande Carte Postale / La Cabane /
Les Veuves de Noirmoutier / Les Créatures (fragments du film original)

 

 

Filmographie : Longs Métrages et Documentaires

1954 : LA POINTE COURTE Prix de l'Age d'Or Bruxelles (1955)
1961 : CLEO DE 5 A 7 Sélection française au Festival de Cannes 62, Prix Méliès (1962)
1964 : LE BONHEUR Ours d'Argent au Festival de Berlin, Prix Louis Delluc, David Selznick Award (1965)
1966 : LES CREATURES
1969 : LIONS LOVE (...AND LIES) (en anglais)
1970 : NAUSICAA Disparu
1975 : DAGUERREOTYPES (documentaire), Prix du Cinéma d'Art et Essai (1975), Sélection aux Oscars catégorie Documentaire (1975)
1976 : L'UNE CHANTE L'AUTRE PAS Grand Prix Festival de Taormina (1977)
1980 : MUR MURS (documentaire) Grand Prix Festival dei Populi Florence (1981), Prix Josef von Sternberg Mannheim (1981)
1981 : DOCUMENTEUR Prix du Public au festival du Film de Femmes de Bruxelles (1982)
1985 : SANS TOIT NI LOI Lion d'Or au Festival de Venise (1985 ), Prix Méliès (1985)
1987 : JANE B. PAR AGNES V. Sélection française au Festival de Berlin 1988
1987 : KUNG-FU-MASTER Sélection française au Festival de Berlin1988
1990 : JACQUOT DE NANTES Sélection française, hors compétition, Fest. de Cannes
1992 : LES DEMOISELLES ONT EU 25 ANS (documentaire) - Un certain regard - Cannes 93, Plaque d'Or Festival de Chicago (1993)
1993-95 : L'UNIVERS DE JACQUES DEMY (documentaire)
1994 : LES CENT ET UNE NUITS Sélection française au Festival de Berlin (1995)
2000 : LES GLANEURS ET LA GLANEUSE (documentaire) - Sélection française (hors compétition) Festival de Cannes 2000, Prix Méliès, Meilleur Documentaire Européen 2000, beaucoup d'autres prix
2002 : DEUX ANS APRES (documentaire)

 

 

 

 

 

 

 

 

L'ÎLE ET ELLE : Discussion avec Agnès Varda

Lundi 3  juillet 2006
Avec : Agnès Varda 


L'auteur de Cléo de 5 à 7 et de Sans toit ni loi connaît une évolution artistique singulière. D'abord cinéaste de fiction, elle se consacre ensuite au documentaire (Les Glaneurs et la Glaneuse entre autres) et explore aujourd'hui l'art contemporain. L'ÎLE ET ELLE, installation plastique autour de Noirmoutier, est d'ailleurs présentée actuellement à la Fondation Cartier pour l'art contemporain.

Avec cette discussion, elle lève le voile sur son inspiration et son cheminement personnel.

 

Le public s'installe dans les jardins de la Fondation Cartier, Agnès Varda est installée seule à une table face à eux. Sur un côté, une cabane de plage fait office de buvette. Derrière, on devine la cabane de pellicule et une vidéo montrant l'océan. En cet instant, on pourrait se croire à Noirmoutier.

 

Agnès Varda : J'avais envie depuis quelques temps de faire des installations. Le hasard a voulu que la Biennale de Venise me contacte alors que je travaillais sur « Patate Utopia ». Puis, j'ai commencé à travailler sur Noirmoutier, j'aimais l'idée de se limiter à un seul endroit, sans pour autant se limiter à un seul motif. Dans mon imaginaire, Noirmoutier est une île seulement accessible à marée basse, à la fois un refuge et un endroit dangereux. Pour moi, le pont n'existe pas ! D'ailleurs, dans cette installation à la Fondation Cartier, l'entrée de l'exposition est une analogie de ce phénomène, elle dépend des marées elle aussi, même si ici, elles durent 2 minutes et pas 7 heures ! L'idée métaphorique de passage est très importante.
En m'enfermant dans cette île, je trouve de quoi m'inspirer. Il y a plein de choses qui sortent quand on reste dans un endroit, et c'est ce que reflète ce projet. Et puis, j'ai aussi fait des rencontres, qui sont traduites dans l'installation par une série de portraits des habitants de l'île. Mais ces portraits ne sont pas classiques, ils expriment autre chose. D'abord, j'ai photographié toutes ces personnes devant le même fond. Ensuite, je voulais faire des portraits sexués, je voulais qu'il y ait une allusion directe à la vie sexuelle de chacune des personnes photographiée. C'est pour ça qu'au milieu de ces portraits, on retrouve deux emblèmes de l'île, quelques peu touristiques c'est vrai, mais signifiantes de cette volonté : les moules de Bouchot et le phare. Alors oui, l'analogie peut paraître grossière, mais tout cela montre en fait que la connaissance des gens n'est que superficielle. Moi, j'ai le goût du rapprochement, avec ma mini DV cam, j'aime faire parler les gens. Ce dispositif léger permet une réelle proximité.
Un des autres thèmes centraux de l'installation, ce sont les veuves. Il y a beaucoup de veuves à Noirmoutier, vous savez ce qu'on dit : « Femme de marin, femme de chagrin», et je trouve que c'est un groupe de personnes que l'on n'interroge pas souvent. J'ai donc eu envie de parler d'elle, d'aller au delà du simple statut de veuve et de voir si on pouvait apprendre quelque chose de leur façon de vivre. Quand je les ai rencontrées, je ne les ai pas questionnées, il s'agissait d'établir un dialogue. Je n'ai orienté que deux thèmes : le lit conjugal et la table familiale. Où dorment-elles maintenant ? Où mangent-elles maintenant ? Elles ont répondu avec sincérité et gentillesse.

L'installation « Ping-Pong », sur la plage avec les cabanes, les jeux, m'a bouleversée. Je suis originaire de Noirmoutier et que tout cela m'a rappelé mon enfance.


Je pense que cette installation instaure des rapports avec l'enfance de chaque spectateur, avec d'autres enfances. Je voulais retrouver la sensation de joie d'été. Mais de manière générale, ma volonté sur « Ping Pong », c'était de travailler des couleurs violentes et pures. Et ça a été difficile de les trouver. De nos jours, il y a des dessins, des inscriptions, des marques partout, c'est difficile de trouver des habits sans tout ça. J'ai proposé aux gens sur la plage de troquer leur objet siglé contre les miens. Mais rien n'est truqué, ils jouent aux mêmes jeux, ils ont juste été habillés.

 

On dit souvent que la couleur trop vraie est plate. Comment appréhendez-vous la couleur ?


La couleur est quelque chose qui m'intéresse depuis longtemps déjà. Dans le documentaire Du côté de la côte que j'ai réalisé en 1958, je me suis régalée des couleurs violentes de la Côte d'Azur. Pour Le Bonheur, tourné en région parisienne, je me suis attachée aux couleurs impressionnistes. Et pour Ping-Pong, je me suis jetée dans les couleurs pures. Et l'installation m'a permis de projeter ce petit film sur un matelas de plage, ce qui renforce l'impression de légèreté pour celui qui regarde.

 

J'ai été frappé par le passage du film sur les veuves où vous apparaissez. Contrairement aux autres femmes, vous ne parlez pas. Pourquoi ?


L'installation se décline selon deux temporalités : l'été et l'hiver. L'été avec les couleurs, la plage, l'hiver avec les veuves. Est-ce que je n'ai plus rien à dire ? Oui, quelque part. Je crois aussi que le dispositif, moi assise et une chaise vide sur la plage, est assez expressif. C'est une référence à Jacquot de Nantes, bien sûr, un portrait en creux du bonhomme disparu.

 

Vous travaillez actuellement sur des installations mais avez l'intention de revenir vers le cinéma ?


Ce n'est pas le même travail. La nature du projet est totalement différente. Et puis, surtout, ce n'est pas le même format. Au cinéma, tout est plat. Ce qui est intéressant dans l'installation, c'est de pouvoir travailler sur les trois dimensions. On travaille différemment la matière et la représentation, cela donne l'opportunité d'explorer un autre type d'analyse. Et un autre rapport au public, également. Ici, on ne peut rien imposer, on fait des propositions. Il y a un plus grand danger pour le créateur, mais une plus grande autonomie chez le spectateur. Il faut compter sur le participation du public. Je me suis passionnée pour ce nouveau travail.

 

Pourquoi avoir choisi Les Créatures pour construire la cabane du cinéma ?


Les Créatures, c'est un peu un film fantôme. En tout cas un échec. Mais en recyclant les bobines dans cette installation, le film revit : on est dans Les Créatures.

 

  

 
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Merci à Grégory Morin pour les illustrations ! laitaumiel@hotmail.fr

Photo : Jean Quelquejeu



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