Helen Mirren et Tim Roth
Helen Mirren © Jean Quelquejeu
Helen Mirren et Tim Roth
 Helen Mirren © Jean Quelquejeu
© photos Jean Quelquejeu, jqqjeu@noos.fr, Charlotte Gabriel-Sabatier
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|  | Helen Mirren et Tim Roth : un tournage avec Peter GreenawayVoir toutes les photos
Vendredi 9 juillet. Helen Mirren et Tim Roth présentent Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant de Peter Greenaway. Deux grands acteurs évoquent à bâtons rompus un tournage... très spécial ! Helen Mirren : On m'avait proposé de tourner un film de David Lynch, mais j'avais dit non parce qu'il y avait trop de scènes de sexe, trop de violence. Et un an après, j'ai dit oui à Peter Greenaway parce que c'était bien pire ! C'est une des meilleures expériences de ma vie. J'étais nue presque tout le temps, il y avait beaucoup de scènes de sexe, mais grâce aux autres acteurs, je riais beaucoup. L'ambiance était légère et décontractée malgré l'apparente difficulté. Tout était écrit très précisément dans le scénario, comme de la littérature. J'ai vraiment pris plaisir à le lire car c'était bien plus qu'un scénario classique. Tim Roth : On appelait Peter "le Prêtre" : il avait un grand manteau Jean Paul Gaultier avec une Bible sous le bras, il était toujours calme et sérieux… Helen Mirren : David Morrissey m'avait raconté, avant que je ne fasse le film, son expérience sur "Z00" ("Zed and Two Noughts" de Peter Greenaway). Il trouvait le scénario intéressant, il était content de faire ce film. Mais il y avait une scène où il fait du vélo dans la campagne, monte une colline, mais arrivé sur l'autre versant, s'aperçoit qu'il n'a plus de freins. En bas de la pente, il y a une vache morte, certainement renversée par une voiture. Donc dans le scénario, le personnage ne peut pas freiner et tombe carrément dans la vache, non pas sur ou par dessus la vache, mais dans la vache ! C'était le premier jour de tournage de David et il s'est dit qu'il y aurait des trucages, forcément. Et Peter lui a donné une bicyclette, sans freins… Il avait fait venir une vache des abattoirs, elle était éventrée, c'était terrible, et David devait jouer la scène, sans trucage ! Tim Roth : En plus, au départ, Peter voulait que ce soit un être humain qui ait été renversé. Il lui fallait un cadavre pour que David tombe dessus ! Pour des raisons légales, il n'a pas pu avoir de corps humain, il était déçu ! Il a tout de même réussi à avoir une jambe, qu'il a filmée en train de se décomposer ! Helen Mirren : Peter avait l'esprit très pratique, le travail était le même qu'avec n'importe quel autre réalisateur, la seule différence, c'est le sujet. Il y avait beaucoup de scènes de sexe dans "Le Cuisinier…" alors pour tourner les scènes, Peter faisait entourer le plateau de draps noirs pour que l'acteur et moi soyons seuls, ou presque, et il y avait un trou dans les draps pour passer la caméra. La perche pour le son passait au-dessus ! On avait l'impression d'être seuls, c'était plus intime, donc plus facile à tourner. Aucun autre metteur en scène n'a jamais fait ça. Peter comprenait la nécessité de se sentir libre. Tim Roth : On n'avait pas de roulotte sur le tournage, les conditions de vie étaient plutôt précaires, la nourriture était infâme… Nous mangions d'immondes boîtes de conserve. Alors qu'un grand chef préparait la nourriture qui était filmée. Même la merde des chiens était faite par le chef, en chocolat ! ! Au début du film, il y a cette scène avec les chiens qui courent partout, au milieu de leurs merdes. Donc les merdes en chocolat ont été disposées sur le sol, on a tenu les chiens jusqu'au dernier moment. Mais dès qu'ils ont été lâchés, ils se sont précipités sur les merdes pour les manger. C'était affreux, et drôle ! Et Peter criait : "Cut! Cut! The dogs are eating the shit!" Helen Mirren : Je devais jouer une scène dans un camion plein de cadavres d'animaux. Mais comme je connaissais l'expérience de David Morrissey, j'ai exigé de faux cadavres ! Tim Roth : Et puis je suis passé à côté du camion et j'ai senti… Et j'ai prévenu Helen ! En fait, Peter avait prévu deux camions : un camion avec de faux cadavres, et un autre avec de vrais cadavres !! Helen Mirren : Certains disent de Peter qu'il est plus visionnaire que directeur d'acteurs. Mais c'est faux. Peter est un excellent directeur d'acteurs, c'était vraiment agréable de travailler avec lui. Tim Roth : Il y a une différence entre la France et la Grande-Bretagne dans le regard que l'on porte sur les acteurs qui viennent de la télévision. En Grande-Bretagne, il est très facile de passer de l'un à l'autre et l'on n'est pas mal jugé. C'est comme aux Etats-Unis. Helen Mirren : Il y a une autre différence, ou plutôt un aspect propre aux acteurs britanniques : c'est leur sens de l'humour. Les réalisateurs étrangers sont parfois choqués de nous voir plaisanter si facilement, d'être si peu sérieux. Mais en réalité, nous sommes sérieux, nous faisons bien notre travail, nous prenons le jeu au sérieux, mais dans notre vie quotidienne, il n'y a aucune raison pour que nous soyons sérieux ! Nous avons un ego démesuré, comme tous les acteurs, mais le but du jeu, c'est de ne pas le montrer ! |