Le cinéma de toujours



Entr'acte/ © BiFi / Cinémathèque Française

Paris vu par... 1 : Les Nouveaux messieurs (proposé par la Cinémathèque française), Jacques Feyder
Paris vu par... 2 (proposé par la Cinémathèque française)
Paris vu par... 3 (proposé par la Cinémathèque française)
Paris vu par... 4 (proposé par la Cinémathèque française)
Paris vu par... 5

Paris vu par... la Cinémathèque française


Le titre choisi pour cette programmation se réfère, naturellement, au film à sketches réalisé en 1965 par cinq cinéastes de la Nouvelle Vague ; leur cinéma a depuis longtemps pignon sur rue, alors contournons les incontournables : cet hommage/clin d’œil ne dépassera pas l’intitulé. La sélection proposée privilégie des œuvres parfois célèbres, mais difficilement accessibles, et d’autres « ni vues, ni connues », exemplaires uniques récemment restaurés par la Cinémathèque Française.
Paris a fasciné le cinéma dès ses origines ; par un effet de miroir, la ville s’est conformée au regard changeant de la caméra. De ce point de vue, les années 1920 constituent un moment d’exception, une décennie prodigieuse sans précédent et sans suite. À cette époque, Paris est encore la capitale du monde artistique, elle attire, aspire, des hommes de tous horizons, qui espèrent y trouver, dans la fièvre de l’après-guerre, la curiosité pour toutes leurs audaces et la tolérance pour tous leurs excès. Les rushes d’un film anonyme baptisé par défaut Bal des Quat’z’Arts, dans leur désordre et leurs redondances visuelles, témoignent jusqu’au malaise de cette frénésie de plaisir.
Pour la première fois, après 25 ans d’indifférence mutuelle, arts plastiques et cinéma se rencontrent, sans préjugé ni hiérarchie. Un peintre, Picabia, co-signe Entr’acte avec un cinéaste, René Clair ; la bohème artistique de Montparnasse se laisse filmer aux terrasses des cafés par la caméra visiblement complice de l’inclassable Eugène Deslaw. L’avant-garde façonne la « ville-machine », privilégiant les architectures angulaires, les arêtes vives, les filages dus à la vitesse, les décadrages qui annulent les repères naturels du ciel et du sol. L’harmonieuse rue de Rivoli, sous l’œil de Joris Ivens, révèle son squelette aigu sous les façades XIXe siècle. L’image en noir et blanc concourt à abolir la différence entre humains et machines, les unissant dans les mêmes tonalités de l’acier. René Clair regarde-t-il la tour Eiffel comme une personne vivante… ou comme un monument que l’humanité a déserté ? L’absence de parole, de son d’ambiance, déréalise encore ces films. Les productions les plus sages, les plus commerciales, succombent elles-mêmes au désir d’abstraction : Les Nouveaux messieurs allie au cynisme du scénario d’audacieuses recherches visuelles. On sent le classique Jacques Feyder lui-même porté par la vague.
Henri Langlois, dans son unique film, Le Métro, rend un hommage tardif et muet à cette révolution des formes, qui sera balayée dans les années 1930 par l’omniprésence bavarde du théâtre filmé.
Le cinéma d’Hollywood se tient bien éloigné des ambitions théoriques avant-gardistes ; pourtant la vision de Paris, telle qu’elle apparaît dans Seventh Heaven, est tout aussi éloignée d’une quelconque réalité naturaliste. Les décors poussent le pittoresque jusqu’à ses dernières limites, la caméra de Frank Borzage ne cesse de monter et de descendre entre les cages d’escalier crasseuses et les égouts luisants d’humidité. La démesure des artifices rend bouleversante la démesure des sentiments – le fantastique n’est pas loin.
La nuit sied à Paris, et inspire à Henri Decoin un de ses meilleurs films, au titre obscur et inquiétant : Entre onze heures et minuit, un film « noir » par son intrigue policière, baignant dans l’atmosphère sombre, sinon sordide, d’une après-guerre nauséabonde, les dialogues « vachards » d’Henri Jeanson, et un éclairage sous influence expressionniste… De tout cela, il y a un peu trop… mais le mélange a bien pris.
La Lutte pour la vie, dans certaines séquences, et Les Halles, tous deux films « primitifs », peuvent être considérés comme des documentaires, mais le temps a passé, et le spectateur ne peut voir ces images d’il y a cent ans sans y chercher une familiarité rassurante. Vainement. Les Halles, surtout, nous fait mal, comme fait encore mal au blessé le bras dont on l’a amputé.
La variété des collections de la Cinémathèque Française permet de rendre compte de ces regards en prisme, dont aucun n’est objectif. La ville apparaît déconstruite, détruite ou imitée, en tout cas toujours fantasmée.

Claudine Kaufmann


À l’occasion de cette nouvelle édition de Paris Cinéma, la Cinémathèque française déploie pour l’occasion plusieurs de ses charmes et affirme une présence multiforme. Dans ses murs d’abord, elle programme dans sa salle de Chaillot 13 films en 3 jours, tous issus de ses collections, autour d’un thème central : Paris. Autre rendez-vous original : un fabuleux spectacle de lanternes magiques créé par le Département pédagogique de la Cinémathèque, Les Sept Secrets du Khalich’nor. Et puis, "hors de ses murs", une séance Jeune public au Studio des Ursulines, initiée elle aussi par le Département pédagogique, consacrée aux débuts de Mickey au cinéma : soit huit films composant une heure de programme et faisant la preuve de l’incroyable invention visuelle que son créateur sut insuffler à ses débuts à une souris devenue l’un des emblèmes du XXème siècle. Enfin, une séance de prestige ouverte au public le plus large, avec la projection en plein air dans les jardins du Luxembourg du film de Julien Duvivier d’après le roman de Zola, Au Bonheur des dames, accompagné pour l’occasion d’une partition originale interprétée par l’Octuor de France. C’est bien le moins que la Cinémathèque française, dans le cadre de Paris cinéma, contribue à faire briller de tous ses feux la "Ville Lumière" !

Serge Toubiana
Directeur de la Cinémathèque française



Ce programme est présenté à et par la Cinémathèque Française, Salle du Palais de Chaillot  (Paris 16e).

La projection de "Les Nouveaux Messieurs" sera accompagnée à l'accordéon par Marc Perrone.





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